Les Mérovingiens
En 1937 au cours d'une fouille dans une carrière de sable, une nécropole fut mise à jour, dans un terrain triangulaire délimité par la route nationale, l'ancienne allée de l'Arbalète et l'ancienne route allant du bas de Grigny à Ris.
Deux campagnes de fouilles ont officiellement eu lieu sur le site de Grigny en 1937-1938 et 1948-1949. Ces recherches ont été menées par la "Commission des Fouilles préhistoriques du Bassin de Paris" composée entre autres du Docteur Gaston Durville, archéologue et préhistorien de réputation mondiale.
"La première campagne ouverte en octobre 1937 nous a livré 37 sépultures dont 9 sont antérieures à l'époque pré-mérovingienne, les plus anciennes pourraient dater du néolithique. Les 28 autres constituent la série prémérovingienne du ivème siècle. Toutes sauf une étaient orientées de la même façon : tête à l'ouest et de telle sorte que le défunt couché sur le dos pouvait voir l'Est conformément à une tradition très ancienne et bien connue; la sépulture qui fait exception est orientée nord-est, sud-ouest, elle pourrait être une erreur du fossoyeur.
La deuxième campagne de fouilles (1948-1949) nous a permis de mettre à jour 42 sépultures, 40 sont rigoureusement conformes aux 28 pré-mérovingiennes de la première campagne - même orientation - et datent du ivème siècle. Deux seulement sont antérieures.
En résumé, Grigny est la plus importante nécropole du monde et la seule dont on puisse montrer tous les squelettes. Ceux-ci ont été trouvés à la profondeur de 70 à 80 centimètres. Ils reposaient sur les cailloutis de la Seine et ils étaient pour la plupart en très mauvais état".
Le "Figaro" du 20 février 1951 put alors titrer "A Grigny, le Docteur Durville a mis à jour la plus importante nécropole barbare du monde. 79 sépultures néolithiques et pré-mérovingiennes au bord de la Route nationale 7".
Ces tombes outre les squelettes d'homme, de femme et d'enfant contenaient un mobilier composé de poteries et d'objets de fer, de bronze et de verre, de bijoux dont certains en or.
Le matériel archéologique que les difficiles conditions dues à la guerre ainsi que le flou de la législation alors en vigueur n'ont pas permis de maintenir groupé, à peu à peu fait partiellement sa réapparition dans des collections publiques : au musée d'Etampes et plus récemment au musée de Guiry en Vexin.
Au musée d'Etampes, se trouve rassemblée la quasi-totalité du matériel de la première tranche de travaux et quelques objets de la seconde tranche.
Le matériel anthropologique de l'une comme de l'autre tranche n'a pas été retrouvé.
Il est aussi nécessaire de signaler une plaque photographique sur verre conservée au Musée des Antiquités Nationales de Saint-Germain-en-Laye qui présente huit objets mérovingiens provenant de Grigny.
Les fouilles de la nécropole de Grigny
L'histoire de ces fouilles commence comme celle d'un roman policier. Partant pour prospecter vers La Ferté-Allais, Gaston Durville, Paul Fitte et Edouard Giraud s'arrêtent en traversant Grigny et prospectent superficiellement les ballastières. A la troisième, ils tombent sur des ossements. Intrigués, ils attaquent un sondage "pour voir" à la pioche et à la pelle. Ce ne sont évidemment pas des outils très recommandables pour faire des fouilles mais l'enthousiasme justifie cette soif de découverte car rapidement…ils défoncent un crâne d'un coup de pioche. Ils ont trouvé un corps qui semble être celui d'un homme de 70 ans, enterré en pleine terre. La présence d'une hache en pierre polie le daterait du néolithique.


Le dimanche suivant nos trois archéologues sont à pied d'œuvre, équipé cette fois d'un matériel adapté, comprenant des cribles pour tamiser la terre et de produits permettant de durcir les os ramolli par un séjour dans le milieu humide que sont les ballastières.
Cette fois ci, les prospections ne se font plus au hasard mais selon un plan méthodique. Le sondage est délimité sur un espace de quatre mètres carrés et la terre est enlevée couche par couche. Il y a là 15 à 20 centimètres de terre végétale puis 35 à 45 centimètres de couche de remblai. En dessous, un mélange de terre de surface et de cailloutis fait de main d'homme confirme la présence d'une fosse faite pour l'enfouissement funéraire.


Bientôt ils tombent sur une première dalle calcaire grossière, puis, à côté d'elle, sur une seconde. Mais pourquoi, au lieu d'être posées horizontalement, sont-elles obliquement adossées l'une à l'autre à la façon de deux faces d'un toit ? Ils les enlèvent. Sous chacune d'elle, un crâne. Ces deux crânes ont, incontestablement été déplacés car ils sont incomplets. Immédiatement en dessous se trouve une troisième dalle, horizontale celle-ci; c'est sur elle que les deux crânes reposaient. L'ensemble des trois dalles forme un coffre protecteur. En soulevant la dalle horizontale nos archéologues découvrent un squelette entier.
L'histoire de cette sépulture peut donc se déchiffrer comme suit : lorsqu'à l'époque prémérovingienne on a creusé une tombe, les fossoyeurs sont tombés sur une sépulture probablement néolithique. Ils ont pris le soin de réenfouir les crânes qui subsistaient en les protégeant par les deux dalles obliques.
Les dimanches suivants, car nos archéologues sont des scientifiques attachés à la Commission des fouilles préhistoriques du Bassin parisien et n'opèrent à Grigny que sur leurs loisirs, nos trois prospecteurs attaquent une nouvelle tranche de fouille. Ils découvrent une nouvelle sépulture qui cette fois ci renferme des objets intéressants : une boucle de ceinture en fer et une tuile romaine paraissant dater de l'époque de Jules César. Ils pensent immédiatement à la conquête des Gaules et à la traversée de la Seine par les Romains allant prendre Lutèce…
La suite des fouilles ne confirmera pas cette hypothèse. Il n'y a eu dans la nécropole de Grigny que deux occupations : l'une datant de la fin de l'époque néolithique et l'autre de l'époque pré-mérovingienne (IVème siècle). Mais entre les deux, rien.
La nécropole de Grigny au néolithique
Les tombes de cette époque ont été bousculées et plus ou moins détruites, non par violation mais parce que les enfouisseurs du IVème siècle avaient besoin de la place.
L'orientation de ces sépultures semble être nord-ouest-sud-est, la tête du squelette étant dirigée vers le sud-est. Il est difficile de déterminer la date à laquelle les haches en pierre polie ont été déposées car on sait que cette pratique se faisait également à l'époque pré-mérovingienne. La présence d'un fort beau poignard en os de 19 centimètres de long, percé en son extrémité d'un très petit trou circulaire pour le suspendre, ne laisse aucun doute. Il est néolithique. Par contre aucun silex n'a été trouvé.
La nécropole à l'époque pré-mérovingienne
La série de sépultures de cette époque est remarquable par son intégrité parfaite mais aussi par son ensemble admirablement uniforme. Elles sont toutes soit du type "en pleine terre", soit du type "en pleine terre avec entourage de pierre".