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Cahiers de l'Association de L'histoire locale de "l'Orme du bout"


Pour bien des Grignois, l'histoire de notre commune commence avec l'implantation des grands ensembles de la Grande Borne et de Grigny II dans les années 1970. Mais avant leur arrivée, Grigny était un petit village rural qui vivait tranquillement de son agriculture et de son élevage.

En faisant un saut de quelques siècles en arrière on découvre avec stupéfaction qu'à l'époque mérovingienne, Grigny dû être un centre important puisqu'on y a découvert l'une des plus importante nécropole barbare. Pour mémoire cette période mérovingienne s'étend de 428 à 751. On en retiendra quelques noms célèbres comme ceux de Clovis, Clotaire, les maires du palais Charles Martel et Pépin le Bref, Dagobert… et les rois fainéants.

Il faut attendre les travaux de Guillaume Campagne au milieu du xixème siècle pour qu'on s'intéresse à la recherche et à la conservation des objets "anciens" qu'on commence à trouver lors des travaux effectués dans la Seine puis lors de l'exploitation des sablières.

Les premières découvertes

Les premières découvertes archéologiques ont eu lieu au cours de dragages dans la Seine, ces travaux ayant été entrepris afin d'améliorer la navigabilité du fleuve. Tout le commerce et bien entendu l'approvisionnement en nourriture et en boisson se faisait par voie fluviale. Il faut avoir en mémoire que Paris était alimenté en bois de chauffage depuis le Morvan mais aussi en fourrage indispensable pour nourrir chaque jour les milliers de chevaux que comptait la capitale. Une entrave à la circulation des bateaux signifiait un blocus de la ville, donc une catastrophe comme celles qui se produisirent lors des hivers pendant lesquels la Seine gela. L'amélioration de la navigation allait avoir indirectement d'importantes répercussions sur la connaissance de nos ancêtres.

> En 1869, une lame de poignard en bronze, une hache plate en cuivre rouge et un poinçon en os furent remontés.

> En 1919, dans une zone située à la limite de Grigny et de Ris-Orangis, la Société des Sablières de la Seine ramena dans ses godets différents objets provenant de la période paléolithique (-3 millions d'années), âge de la pierre taillée pour les plus anciens et de la période du néolithique (-11 000 ans), âge de la pierre polie, pour les plus récents. La découverte consistait en haches de pierre taillées, de pierres polies, de bronze, défenses et dents de gros animaux, lames de couteaux, aiguilles.

Ces découvertes ne constituent pas une surprise car on savait que la vallée de la Seine avait été habitée à des époques très reculées. A Etiolles, à 300 mètres du lit actuel de la Seine, on avait retrouvé, dans un site particulièrement bien conservé, des restes d'habitations préhistoriques.

L'âge du bronze

Cette période succède à l'âge du cuivre et précède l'âge du fer. La découverte du métal est à l'origine d'une très grande révolution dans la vie économique et sociale car il a des usages multiples. Il peut être fondu, coulé, modelé, forgé et on peut réutiliser les pièces cassées.

Le bronze est un alliage de cuivre et d’étain mais on trouve d’autres éléments comme le zinc, l’argent, le nickel, le plomb, voire l’arsenic à l’époque du bronze ancien.

La véritable métallurgie est intervenue à partir du moment où le minerai a pu être réduit. Le minerai est en général un oxyde. Sa réduction, c'est à dire l'élimination par chauffage de l'oxygène qu'il contient, permet d'obtention d'un métal plus ou moins pur mais ayant des qualités physiques intéressantes. Cela suppose alors la recherche des gisements métallifères, la fabrication du charbon de bois (qui permet d'obtenir une température de combustion beaucoup plus élevée qu'avec du bois), donc l'exploitation de forêts et la maîtrise du feu.

Cette évolution s'est faite progressivement et les hommes ont utilisé en même temps des outils en silex et les premiers outils en métal d'où le nom de période chalcolithique (khalcos : cuivre et lithos : pierre).
Les grands gisements de cuivre de Chypre, d'Irlande, d'Ecosse ont favorisé dans ces régions l'éclosion de brillantes civilisations. En même temps, l'usage du métal s'est répandu à partir de l'Anatolie par le Caucase et les Balkans, l'Adriatique, l'Italie, le sud de la France, enfin l'Espagne.
Le Bassin parisien, dépourvu de cuivre et d'étain dépendait des régions limitrophes ou lointaines pour son approvisionnement : Bretagne, Vendée, Alpes ou Midi pour le cuivre, Limousin, Bretagne, Iles Britanniques pour l'étain, ce qui n'empêcha pas une industrie locale prospère.


Au bronze final, le cuivre arrivait en lingots. On en trouve de grands dépôts ou des pièces de rebut fracturées à Cannes-Ecluse, Longueville, Choisy-le-Roi, Luzarches, Boutigny-sur-Essonne, Thiais, Civry-la-Forêt…

Les premiers objets métalliques

Les haches plates sont très répandues en France. Leur analyse montre qu'elles sont généralement en cuivre. Le type de haches trapézoïdales à talon épais de 15 millimètres, trouvé à Grigny, évoque les modèles connus en Irlande ou dans les Iles Britanniques.

On a retrouvé également des pointes de hallebardes datant de la même époque en effectuant des draguages dans le lit de la Seine en 1869.

Grigny à l'époque gallo-romaine

Lors des travaux de terrassement nécessaires à la construction de la gare de "Grigny-Centre" a été mis à jour un site gallo-romain (iième-ivème siècle de notre ère). Ce site se situe sur le plateau dans un ancien lieu de grande culture, au lieu dit l'Orme Pomponne.

Il a été découvert en 1969 lors d'une prospection de surface et les éléments recueillis étaient suffisamment intéressants pour qu'il soit envisagé une fouille de sauvetage car à les travaux préliminaires à la construction de la gare venaient de mettre à jour une partie du site. Une tranchée avait déjà été creusée au bulldozer et celui ci avait malheureusement entamé le niveau archéologique y causant des destructions. La fouille se proposait de retrouver des structures en place permettant de dresser un plan, même partiel de l'implantation gallo-romaine, de rechercher le ou les niveaux d'occupation et de recueillir des éléments de datation. Seul ce dernier point a été atteint, la pluie ayant rendu le terrain impraticable et les fouilles ayant du être abandonnées définitivement le 12 novembre. Au cours des siècles, ce terrain ayant été cultivé, il est probable que les superstructures ont été détruite par le dépierrement d'autant que les constructions étaient sans doute faites de torchis. Seul, un gros mur de pierre traversant le terrain en diagonale d'est en ouest a pu être identifié sur 20 mètres de longueur.


Il n'a été retrouvé que quelques débris d'objets. L'ensemble des poteries était de facture décadente, souvent mal cuite, grossière. Beaucoup de vases moyens ou petits sans grand intérêt. Pas de reconstitution possible à l'exception d'une cruche à pâte gris-clair portant sous la panse un cercle bleu dû à un défaut de cuisson. Les objets métalliques sont abondants : clous de toutes tailles, pattes de scellement, gonds, targettes, crochets. Il aurait été trouvé une statuette de Mercure avant le début de la fouille, aucune monnaie mais de nombreuses fibules.

En conclusion il semble qu'on soit en présence d'un habitat rural ou d'une exploitation agricole d'assez vastes proportions, sans doute détruite par un incendie. La présence d'une lourde et abondante quincaillerie pouvant avoir un rapport avec une grossière huisserie comme on en trouve dans les fermes actuelles, les morceaux de petits moules à fromages, viennent encore renforcer cette impression.

L'ensemble de ce qui a été recueilli permet de penser à une implantation allant du iième au ivème siècle de notre ère sans pour autant exclure la possibilité d'une occupation plus ancienne. L'étude de la partie encore enfouie pourrait nous en apprendre plus.

Extrait du rapport de fouilles effectuées sous la direction de Charlotte Milan en accord avec M. le directeur des Antiquités historiques et l'autorisation bienveillante de l'entreprise Bouygues.

Les collectionneurs

Guillaume Campagne est né à Gien le 22 août 1809. Employé aux Ponts-et-Chaussées du Loiret et grand amateur d'archéologie, il fut affecté au service de la navigation de la Seine à Paris, puis à Corbeil pour surveiller les grands travaux du canalisation du fleuve. C'est à ce moment qu'il rassembla une riche collection de vestiges anciens qui furent entreposés en 1862 dans une maison éclusière à Evry-Petit-Bourg.

Les frères Ernest et Eugène Piketty, sabliers à Vigneux, avaient travaillé avec Guillaume Campagne et participèrent à ses plus importantes découvertes. Comme ce dernier, ils ne prirent aucune note. La localisation exacte des collectes dans le lit de la Seine s'avère donc difficile.

En dehors des bronzes et des silex taillés, il est probable que des objets plus fragiles, tels qu'os taillés et céramiques, furent remontés dans les godets de la drague, mais ils ont échappé à l'attention des observateurs.

A partir de 1864, plusieurs éléments de la collection de vestiges anciens rassemblés par Guillaume Campagne furent déposés au Musée des Antiquités Nationales de Saint-Germain-en-Laye. En 1868, ou peut lire sur le registre des inventaires :

"Envoi de M. Campagne…, série d'objets trouvés en draguant la Seine au Pas-de-Grigny (Seine-et-Oise) à 22 kilomètres de Paris et à 4 kilomètres un aval de Ris-Orangis."

Le Pas-de-Grigny était un gué en usage pendant les âges de pierre et du bronze. Il aurait servi à l'armée de Jules César quand il mit le siège devant Lutèce. Vingt-cinq bronzes, des haches, un très gros hameçon, des faucilles, des lames d'épées ou de poignards, des pointes de lances et des épingles de bronze constituaient ce dépôt.

La partie de la collection Campagne qui était restée chez lui fut acquise à sa mort par les frères Piketty.