Notre commune a une histoire. A sa mesure elle a vécu l’histoire de France. Elle garde des traces de son passé. Certaines sont très visibles (le lavoir, les bains douches, l’église, le château de l’Arbalète, la Ferme Neuve...), d’autres moins visibles (tracés de voies, maisons anciennes...) Ces traces, témoins du temps qui passe, nous les croisons tous les jours, sans vraiment les voir parce que nous n’en comprenons plus le sens.
Il est intéressant de se laisser porter par la ville pour comprendre comment vivaient nos parents, grands-parents, nos arrières grands-parents...
Cette ballade, dans le vieux Grigny est une invitation au voyage.
I - La ferme Neuve, xviiieme siècle
La Ferme Neuve a sans doute été construite entre 1723 et 1753 par Guillaume François Joly de Fleury, procureur général au Parlement et seigneur de Grigny. Celui-ci vend la ferme en 1821 à la duchesse de Raguse, épouse de l’ex-maréchal de France, Auguste de Marmont. En 1856, la duchesse de Raguse revend la ferme à la comtesse de Rigny, qui elle-même la rétrocède à la marquise de Talhouêt-Roy en 1831. En 1899, la société Bouton et Piketty la rachète pour en exploiter la meulière, puis après avoir épuisé le gisement elle vend la ferme et les terrains en 1956 à la famille Marcognet. Aujourd’hui la Ferme Neuve a été rachetée par l’Etat. Elle est gérée par l’agence foncière et technique de la région parisienne (A.F.T.R.P). Depuis quelques mois elle est en cours de réhabilitation pour devenir le futur cœur de la ville de Grigny qui reliera les quartiers principaux de Grigny (Grigny II, la Grande Borne, le village) et pour accueillir des services municipaux.
La Ferme Neuve est le type même de la grande ferme que l’on trouve dans la région, ferme de type beauceronne, aussi importante que la ferme du Bois Briard à Courcouronnes. Légèrement en retrait par rapport au village elle formait autrefois, au milieu des champs un véritable petit monde clos. Celle-ci peut-être comparée à une forteresse. C’est une des constructions les plus importantes du village. Elle est disposée en carré autour d’une vaste cour dans laquelle il y a des puits et un abreuvoir.
Lorsque le seigneur Joly de Fleury vend la ferme à la duchesse de Raguse, en 1821, l’acte de vente établi révèle l’importance de la ferme.
Dans un premier bâtiment se trouve le logement du fermier, un fournil, une laiterie, “une superbe vacherie voûtée” et par dessus le tout deux étages de chambres domestiques et greniers. On y trouve aussi un poulailler, un toit à porc.
Sur un autre bâtiment est situé une grande écurie voûtée. Il y a une grange à avoine, une autre plus petite à menue paille et une troisième à blé avec colombier au-dessus (symbole de richesse!). On y trouve aussi une magnifique bergerie avec un grenier carrelé. Dans les années 1920 est venu s’ajouter un hangar pour entreposer le blé.
Les corps de bâtiments sont restés tels quels. Lorsqu’elle deviendra un centre urbain, elle accueillera une salle consacrée à la mémoire et au patrimoine de Grigny.
II - La mairie actuelle
La mairie actuelle a été construite en 1974. Sur cet emplacement, jusqu’au xviiieme siècle, se trouvait le château de Grigny. C’est dans ce château, que le seigneur des Bordes et de Grigny, Josias Mercier accueillit les protestants afin qu’ils pussent pratiquer leur culte, de mars 1599 à janvier 1600.
III - Un café. De chez Cervo à chez Fernand.
On l’appelait “derrière les murs”
Savez-vous que ce café a une histoire? Autrefois dans les années 1910, ce café n’était qu’une baraque en bois servant de logements aux ouvriers italiens. C’était une cantine, la cantine Vacquin.
De nombreux émigrés italiens ont été hébergés dans ce lieu. En 1929, monsieur et madame Cervo rachètent la cantine. La cantine a connu des moments prospères et heureux. Les pensionnaires étaient accueillis à temps plein. De nombreux bals y étaient donnés, des bals costumés avec des premiers prix. Les clients mangeaient, dansaient, chantaient avec leurs femmes. On dansait au rythme d’un piano mécanique qui fonctionnait avec des pièces de bronze. Des repas mémorables furent organisés pour les fêtes du 14 juillet, pour la fête des pompiers, la Sainte Barbe, le 4 décembre, pour le départ des conscrits... On pouvait même voir des films, des ambulants venaient avec leur cinéma muet. Tous les lundis, le premier verre était gratuit.
IV - L’aqueduc des eaux de la Vanne
Une des réalisations du préfet Georges Haussmann fut la construction de l’aqueduc des eaux de la Vanne (nom d’une rivière du bassin parisien qui se jette dans l’Yonne) et qui sert aujourd’hui encore à alimenter la capitale en eau potable. Cet ouvrage est alimenté par une multitude de sources.
Bien que validé par Haussmann, c’est l’ingénieur Eugène Bellegrand qui après une étude détaillée de la géologie du bassin parisien et des dérivations des eaux de sources a réalisé le réservoir de Montsouris et l’aqueduc des eaux de la Vanne, ce dernier est en meulière dans la traversée de Ris, Grigny, Viry, Savigny. Sur un parcours de 136 km Bellegrand n’a utilisé que des matériaux locaux.
C’est en 1852 et en 1865 que la ville de Paris achète peu à peu tous les terrains où naissent les sources.
Mais ce n’est qu’en 1892 que l’avant projet est déposé et le 24 mai 1897 la dérivation des eaux du Loing et du Lunain est reconnue d’utilité publique.
Sur Grigny, lors d’une délibération du 26 août 1897, le conseil municipal de Grigny présidé par monsieur le maire Ernest Godfroy et ses adjoints acceptent le passage de l’aqueduc sur son territoire sous plusieurs conditions parmi lesquelles :
- Hauteur de l’ouvrage : le niveau ne devra pas dépasser celui de la butte existant actuellement. L’aqueduc traversant un territoire essentiellement agricole ne devra pas être établi sur arcade sous peine de causer une grande gêne à la libre circulation des ouvriers des champs.
- Interdiction de planter des arbres : la plantation d’arbres tout le long de la dite conduite entretiendrait une multitude d’oiseaux et serait une nouvelle cause de destruction pour les récoltes qui se trouvent à proximité.
- Exécution des travaux : lors de l’exécution des travaux l’administration devra exercer une surveillance active afin qu’il ne soit fait aucun empiétement ni délit dans les récoltes environnantes dont elle sera entièrement responsable.
- Entretien de l’aqueduc : si la ville de Paris se croit autorisée à traverser les chemins sans aucune indemnité, elle devra entretenir en bon état d’empierrement les montées qu’elle pratique sur l’aqueduc.
Ces conditions ont été en majorité respectées sur Grigny. Elles le sont aujourd’hui encore.
IV - La maison Piketty (1930)
L’exploitation de pierre meulière sur Grigny a fait venir une importante main d’œuvre italienne. Dans les années 30, la moitié des habitants de Grigny et les trois quarts des enfants scolarisés étaient italiens et Grigny fut surnommé “la Petite Italie” ou le “Nouveau Schio”. La plupart des Italiens étaient hébergés dans des cantines. Les entrepreneurs Piketty ont aussi fait construire une cité, appelée “la cité Piketty”. Celle-ci était composée de cinq maisons de deux étages qui étaient divisées en dix logements qui accueillaient autant de familles. Sur Grigny, il n’en reste plus qu’une que la municipalité à sauvegardé en témoignage de ce passé.
V - La cité des Blancs Manteaux (1954)
La zone pavillonnaire à cheval sur Grigny et Viry-Châtillon, appelée cité des Blancs Manteaux et construite par l’entreprise Thinet n’était pas à l’origine destinée aux habitants de Grigny mais à des officiers américains. En effet la cité des Blancs Manteaux fut réalisée dans le cadre de l’O.T.A.N (organisation du traité de l’Atlantique Nord). Elle était une de ces bases américaines dépendant d’Orly Aviation chargée d’assurer la sécurité de l’Europe en cas d’un éventuel conflit. Avec l’installation de ces militaires américains et de leurs familles (1955-1966) les Grignards découvrent avant l’heure un mode de vie fait d’abondance et de confort, mode auquel ils ne pourront accéder que quinze ans plus tard. A partir de 1962, la société des Sept Villes se chargera de vendre les pavillons, mis en copropriété. Beaucoup de rapatriés d’Algérie y emménageront. La vente de ces pavillons augmentera la population de Grigny.
VI - La maison contenant le système du plan incliné pour le transport de la pierre meulière (1910)
De 1890 à 1950, la société Piketty exploite à échelle industrielle la pierre meulière. Charles Piketty dans les années 1910, cherchant à améliorer le rendement, modernise l’entreprise. C’est ainsi que pour le transport de milliers de tombereaux de pierres meulières en bord de Seine, il établit des voies ferrées qui relient les différents chantiers d’exploitation. Cette maison surplombant la vallée de la Seine et qui aujourd’hui ressemble à un pavillon de banlieue, est une trace de ce passé industriel. Autrefois, elle était une sorte de gare, où se trouvait l’installation technique qui régulait le mécanisme d’un plan incliné pour le lancement ou la remontée des rames de wagonnets qui sur une double voie descendaient jusqu’au fleuve ou grimpaient sur le plateau.
Cet ensemble était pour l’époque un ouvrage très important car il permettait de véhiculer la meulière du plateau (80 m d’altitude) au bord de la Seine (34 m) sur une distance de 1,6 km. Deux voies ferrées parallèles reliaient la plaine au plateau. La rame des wagons vides était transférée vers le haut par le poids de la rame pleine descendant du plateau vers la Seine. Un câble unique reliait les deux voies. Cette technique avait été employée dans les ascenseurs primitifs de la tour Eiffel.
VII - L’Ecole des filles (xviieme siècle)
La maison fait angle de l’actuelle rue Gabriel Péri et Guy Moquet (anciennement rue des Lombards et route de Fleury).
Le 4 novembre 1881, le conseil municipal doit délibérer à propos d’une circulaire préfectorale en date du 18 octobre 1881 stipulant la création d’une école des filles dans toutes les communes comptant plus de 400 âmes. En 1881, Grigny compte 504 habitants, la commune est donc mise en demeure de créer une école des filles. En 1883, elle achète la propriété de monsieur Gosset pour y installer une école des filles. En 1919, se crée au sein de l’école des filles une classe enfantine.
Avant de devenir une école, cette demeure a appartenu à de riches propriétaires. On a trace de cette propriété, surnommée “maison du domaine de Grigny” depuis 1650. Le 7 novembre 1938, l’école est mise en vente aux enchères publiques pour le compte de la commune de Grigny. Le bien n’étant plus utile depuis la construction en 1931 du groupe scolaire “Gabriel Péri”. L’adjudicataire en est Monsieur Rousselet de Liffiac pour une somme de 50 400 francs. Le domaine est toujours occupé par ses héritiers.
VIII - La propriété Saint-Antoine ou ancienne Kommandantur (xviiième siècle)
Nous avons trace de cette propriété à partir de 1747. La maison Saint-Antoine dut depuis servir de maison de campagne à ses différents propriétaires. Quelques dates dans l’histoire de cette propriété sont à retenir. En 1653, une partie des jardins de cette propriété est mise en donation au couvent Saint-Lazare.
En 1685. la propriété a appartenu à Isaac Bigot, sieur de Morogue, le propre frère de la femme de Louis Mercier, seigneur de Grigny. Une rue de Grigny s’appelle d’ailleurs de Morogue en hommage à ce seigneur.
Pendant la guerre 39-45 elle sert d’état major à l’armée allemande.
Aujourd’hui encore les anciens du village, qui ont connu la guerre surnomment cette propriété la Kommandantur et le nom des jardins Saint-Antoine et du seigneur de Morogue ont disparu de la mémoire collective.