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Cahiers de l'Association de L'histoire locale de "l'Orme du bout"


Situation

Située exactement au centre du village, l’église de Grigny est bien assise à flanc de coteaux au côté de son vieux cimetière avec un clocher élégant et solide, toute pareille aux petites églises de campagne d’Ile de France et mérite qu’on la regarde avec plaisir.
Cette église date du xiieme siècle mais la partie la plus importante est du xiveme. Elle ne devait comporter à l’origine que le clocher et le bas côté droit de l’église actuelle (ou chapelle de la Vierge). Sa forme trapue s’explique par le rôle défensif qu’elle devait jouer à l’époque troublée à laquelle elle fut érigée. Toute la population du village venait s’y réfugier quand des compagnies de brigands étaient signalées dans les environs. C’était à cette époque, vraisemblablement, l’une des rares constructions qui fut en pierre.
Erigée en cure depuis le xiiieme siècle selon l’abbé Lebeuf, elle est placée sous le double patronage de Saint-Antoine, premier ermite et de Saint-Sulpice évêque de Bourges dont la fête est le 17 janvier. Sulpice fut enterré vers 646. Après sa mort, 340 églises en France furent placées sous son vocable. Les fidèles avaient recours à son intercession pour leurs maux physiques et moraux, tant était grande sa réputation. Quand à Saint Antoine l’abbé Barranger pense que l’étymologie de Grigny peut se tirer du grec grn gnou, localité renommée pour l’élevage de ses porcs… Dans les années 1960, M. et Mme Martin, habitants rue Gabriel Peri élevaient encore des porcs.
Peut-on voir là l’explication du patronage de l’église au xiiième siècle sous le vocable de Saint Antoine ?

Auparavant la paroisse dépendait de Viry.
L’église fut d’abord restaurée en 1726 puis en 1752 par l’architecte Pavy.
Lors d’une rénovation extérieure récente les ouvriers découvrirent dans la serrure de la porte de l’église un parchemin daté de 1726 sur lequel est inscrit “L’an 1726 cette porte a été faite par le Sieur Lesquot et conduit par le Sieur Rageur, maître menuisier à parise et posé le 26 octobre.”
Ce document est conservé au service des archives communales.
L’abbé Martin, lorsqu’il visite l’église de Grigny en 1884, s’exprime ainsi : “Extérieurement le frontispice mérite attention. Sa partie inférieure ou portail est d’ordre ionique, avec tympans surmontés d’une croix en pierre. Le pignon est percé d’une rose sans rayons. De chaque côté du portail sont des fenêtres en plein cintre. Dans le bandeau au-dessus de la porte est une plaque de marbre noire portant cette inscription.

HAE EST DOMUS DEI (ici est la demeure de Dieu)

La tour est plantée au midi et sur la même ligne que le frontispice. Sa construction extérieure et intérieure nous a paru être du xiveme siècle. Elle est butée de rustiques contreforts et se termine en pyramide, elle est à deux étages et ses ouvertures sont en plein cintre.
L’église intérieurement se compose d’une nef et d’un collatéral au côté droit ou de l’Épître, ce collatéral s’étend au chevet jusque sous la tour.
Ce bas côté qui contient la chapelle de la Vierge est la partie la plus ancienne (xiieme siècle). Sans doute faisait-elle autrefois la totalité de l’église et la petite porte murée derrière les fonts baptismaux était-elle l’entrée d’origine de l’église.
C’est dans cette partie que sont les seuls fragments de sculpture : deux arcs retombant sur le mur extérieur se terminent par deux visages gracieux.

La grande nef quant à elle est du xiveme siècle. Sa voûte en forme de berceau et dont les entraits et poinçons sont apparents, est en bois, remplaçant depuis quelques années sa voûte primitive faite en merrain.
Les piliers sont carrés, il n’existe plus qu’une seule colonnette de bois du xiieme ou xiiieme siècle. Son chapiteau est composé de crochets.
Le chevet se termine carrément et est sans ouvertures apparentes. Toutes les fenêtres sont en plein cintre.
L’église n’ayant qu’ un seul bas côté, nous commencerons donc la description par la droite du côté de l’Épître.

Au bas sous la tour, on trouve la cuve baptismale en pierre, style Louis XIV. Sur l’autel il y a une statue en pierre de la Sainte Vierge. C’est une œuvre du xiveme siècle. Au-dessus de l’arcade de la tour est fixé un bas relief en plâtre représentant une scène de la vie de Saint-Thomas d’Aquin, moulage fait sur l’original du à Victor Villain et qui se trouve à la cathédrale de Rouen.
On arrive ensuite à la chapelle de la Vierge qui n’a pour tout ornement qu’une statue en plâtre de la Patronne. Une Visitation orne le dessus de la porte de la sacristie. La Vierge et sa cousine Elisabeth sont vues à mi-corps. C’est une assez bonne copie d’après Raphaël.

Sur le côté gauche de la nef sont les statues en terre cuite de Sainte-Julienne et de Saint-Vincent diacre et martyr, patron des vignerons, habillé à la mode du xviieme siècle. Le Saint a pour support un cul de lampe, fait d’une informe pièce de bois que les vignerons s’obligent à vouloir conserver sous le prétexte qu’il représente un “bachon” espèce de hotte en bois, leur servant à porter les raisins au temps des vendanges et qu’en le supprimant ils ne récolteraient plus de vin. (Ces statues sont actuellement sous l’escalier qui monte à la tribune rappelait que Grigny fut autrefois un village de vignobles.)

Deux tableaux ornent encore cette partie de l’édifice, le premier est une Sainte-Geneviève gardant son troupeau, la sainte bergère est représentée sous la forme d’une corpulente paysanne à l’œil éveillé, nullement en rapport avec la vie si pieuse de la sainte patronne de Paris. Ce tableau, non signé, est dit-on, l’œuvre d’une dame de Bullion propriétaire à Grigny. Le second tableau est une descente de la Croix que l’on attribue, mais sans aucune preuve, à un des Carraches. Il ne porte pas de signature, ni de millésime.

Quant au sanctuaire, le maître autel et l’encadrement de son retable, ils sont en bois peint. Ils sont de style Louis XVI et ont pour ornement une Cène peinte, ou croit-on, seulement restaurée par Madame de Bullion. Jésus est assis à une table avec ses disciples.
La salle est éclairée par une lampe suspendue et à plusieurs becs.
De chaque côté, dans les niches, sont les statues des Saints Patrons, à gauche Saint-Antoine et à droite Saint-Sulpice en costume d’évêque. Ces statues sont en terre cuite.

Les stalles de l’ancien chœur sont ornées de sculptures du xvieme siècle, malheureusement barbouillées d’un grand nombre de couches de peinture. (Elles ont été enlevées lors des “modernisations” successives) Jusqu’en 1670, l’église ne comportait pas de sacristie. De simples tapisseries tendues délimitaient un petit cabinet où le curé pouvait s’habiller. Les vêtements sacerdotaux devaient être rangés dans des coffres, le “Trésor” et les livres saints dans un placard fermé à clé. Après accord des paroissiens, en 1670, le curé Cousin fit donc construire la sacristie actuelle.

L’église possède deux inscriptions bien conservées de 1671 et de 1722 dont nous allons rapporter le texte et une troisième à demi effacée qui fut placée sur la sépulture de Nicole mère de Le Bigle, prêtre du diocèse de Troyes, curé de Saint-Antoine de Grigny.
Elle mourut au mois d’août d’une année du xviieme siècle dont le chiffre ne se peut plus lire.
Il s’agit sans doute selon les registres paroissiaux de Nicole Foisy veuve d’Estienne Le Bigle, bourgeois de Paris, inhumé le 29 août 1708 à 69 ans.

D.O.M.
Icy est :
Nicole :
Mère de :
Le Bigot prestre :
du diocèse de :
Troyes :
de cette église :
de saint-Antoine de :
Grigny décédée :
le 7 aoust :
âgée de :

1671
D.O.M.

PAR CONTRAT PASSE PAR DEVANT AUVRAY ET GARY NOTRES AV CHASTELET DE PARIS LE 8E JOR DE MAY 1670 DAMLLE MARIE SOUPLET VEUVE DE FEV NICOLAS LE CAMUS SIEUR DE LA CHAPELLE SECRETAIRE DE MONSR MARILLAC ME DES REQTES A FONDE CENT LIVRES DE RE A PRPETUIE SUR LES BIENS ET REVENUS DU GRAND BUREAU DES PAUVRES ET HOSPITAL DE PETITES MAISONS A PARIS PAYABLE PAR QUARTIER PAR LE RECEVEUR DUD’GRAND BUREAU POUR L’ENTRETIEN D’UNE MAISTRESSE D’ESCOLLE EN CETTE PAROISSE DE GRIGNY ET SUR LES QUITTANCES DE LAD’MAISTRESSE D’ESCOLLE QUI DOIT ESTRE CHOISIE ET ETABLIS PAR MONSIEUR LE CURE DUD’GRIGNY A LA CHARGE D’ENSEIGNER GRATUITEMENT LES PAUVRES DE LAD’TE PAROISSE ET DE FAIRE DIRE TOUS LES JOURS A SES ESCOLIERS UN PATER ET UN AVE MARIA A L’INTENTION DE LAD’DAMOISELLE LAQUELLE RENTE A ESTE VENDUE ET CONSTITUER PAR LE MESME CONSTRAT A CET EFFECT PAR MRS LES COMMRES DUDICT GRAND BUREAU ADMINISTRATEURS DUDICT HOSPTIAL DES PETITES MAISONS ET LE PRIS DE LADICONSTITUTION PAYE PAR LAD’DAMLLE EMPLOYEE A LA CONSTUCTION DE TROIS MAISONS DEPENDANTES DUD’HOSPITAL SEIZES RUE DE SERVRE FAUBOURG SAINT GERMAIN DES PREZ LES PARIS COMME IL APRROIST PAR LED’CONTRACT DEVIS ET MARCHEZ DES OUVRAGES ET QUITTANCES DE SUBORGATION DE OUVRIERS RECEVS PAR LESDICTS NOTAIRES LES TRENTIESME JUILLET VINGT HUITIEME AOUST MIL SIX CENT SOISANTE ET DIX QUINZIESME JANER DEUXIESME MARS MIL SIX CENS SOIXANTE ET ONZE QUI ONT ESTE AVEZ LED’CONTRACT DELIVREZ PAR LAD’DAMLLE DE LA CHAPELLE ET JOINT AUX TILTRES DE CETTE EGLISE.

Cette plaque rappelle la fondation d’une école gratuite pour les enfants pauvres de la paroisse de Grigny. La fondatrice ne leur demandait que ce qu’ils pouvaient donner, un Pater et un Ave par jour à son intention. Ce genre de rétribution scolaire offrait le double avantage de ne point grever les familles et de revêtir une aumône de la forme d’un contrat.

1722

MESSIRE CLAUDE HATTE DE CHEVILLY CHEVALIER DE L’ORDRE DE SAINT LOUIS SEIGNEUR DE GRIGNY ET DU PLESSIS LE COMTE, COLONEL D’UN REGIMENT DE DRAGONS, COMMANDANT D’YPRES ET SUR LA FRONTIERE DE FLANDRE, LIEUTENANT GENERAL DES ARMEES DU ROY. DECEDE LE 25E DE 7BRE 1722 AGE DE 79 ANS A FONDE DANS CETTE PAROISSE A PERPETUITE, UN SERVICE SOLENNEL QUI SERA DIT CHANTE ET CELEBRE TOUS LES ANS A PAREIL JOUR DE SON DECEDS SUIVANT LE CONTRAT PASSE ENTRE LED’ SEIGNEUR ET LES SR CURE ET MARGUILLIERS LE 29 JANVIER 1717 PAR-DEVANT CHEVRE ET SON CONFRERE NOTAIRES DU CHASTELET DE PARIS.

REQUIESCAT IN PACE

Cette dalle fracturée, sans ornement, se trouve à l’entrée du chœur. Claude Hatte de Chevilly, possédait la terre de Grigny dans les dernières années du xviieme siècle, il la vendit à messire Joly de Fleury, procureur général au parlement de Paris. (Il nous reste le Bois Joly, actuelle maison de retraite)

Entré au service en 1658, Claude Hatte de Chevilly, se distingua par sa vaillance en maintes occasions et notamment au siège de Saint-Omer en 1677, où il reçut, en conduisant six compagnies de dragons à l’assaut d’un fort, un coup de pertuisane qui lui perça la cuisse et mousquetade qui lui fracassa une épaule. Il fut nommé Mestre de camp d’un régiment de dragons de son nom en 1682, Brigadier des armées du Roi en 1692, Maréchal de camp en 1702, Lieutenant Général en 1704.

Il y a quelques années lors de travaux de réfection de l’intérieur de l’église, on mit à jour sous 200 ans de peinture une petite dalle carrée aux armes de Louis Mercier autre seigneur de ce lieu sur le mur extérieur nord près du maître-autel. Louis Mercier fut inhumé dans l’église le 25 septembre 1673 en haut du chœur du coté de l’Evangile

Nous noterons également une plaque de reconnaissance à Madame Canapville (tapisseries) sous la direction de l’abbé Marchand, curé (1886-1897).
Cette plaque est fixée au premier pilier de l’église près des fonts baptismaux. (actuellement sur le premier pilier à droite).

Enfin sur le mur extérieur sud, une petite plaque de marbre blanc, offerte par les habitants de Grigny, rappelle le souvenir de l’abbé Rhimboult, curé pendant 38 ans, pendant les temps difficiles et qui mourut en décembre 1951 à la veille de fêter ses 50 ans de sacerdoce. (Cette plaque se trouve actuellement près de la porte de la sacristie).

Les cloches

La cloche actuelle est l’une des plus anciennes du département. Elle est datée de 1544 et est classée aux monuments historiques suivant arrêté du Ministre de l’Education nationale du 27 avril 1944, se nomme Marie et porte sur sa périphérie les inscriptions suivantes en lettres gothiques : “l’an MDXLIV fuz faicte par les habitants de Saint-Antoine de Grigny et nommée Marie”
Un acte de baptême d’une deuxième cloche est inscrite sur les registres paroissiaux de l’année 1686 “a été fondue la deuxième cloche de la paroisse de Grigny et fut nommée Marie-Charlotte par Monsieur Daverdin et Dame Fouret, dame du fief de la Crosse, lorsque la bénédiction en fut faite avec les cérémonies ordinaires, prédications dans l’église par nous, curé soussigné de la paroisse, assisté de Monsieur le curé de Ris, le sixième de May de l’année mil sic cens quatre vingt six”.

Qu’est devenue cette cloche? Nous n’en savons rien, sinon qu’elle n’existait plus en 1732, puisqu’à cette date les registres paroissiaux nous relataient la bénédiction des deuxième et troisième cloches offertes par le seigneur de Grigny de l’époque, Joly de Fleury.

Deuxième cloche

“L’an 1732 le vingt-neuvième jour d’octobre après-midi, la seconde cloche a été bénite par Simon Le Bigle, prêtre curé de cette église Saint-Antoine et nommée Euloge par Messire Guillaume-François Joly de Fleury, seigneur de la Mousse, Brienne, La Valette, Grigny, et autres lieux, conseiller du Roi en son conseil d’Estat et son procureur général et par Dame Marie Françoise Lem aistre épouse du dit seigneur. Cette seconde cloche est du poids de 884 livres.”

Troisième cloche

“L’an 1732, le vingt-neuvième jour d’octobre après-midi, la troisième cloche a été donnée et bénite par maître Simon le Bigle curé de cette église Saint-Antoine de Grigny et nommée Euphémie par Monsieur Guillaume-François-Louis Joly de Fleury, Chevalier, conseiller du Roi en son conseil d’Estat et son avocat général et par Demoiselle Marie-Louise Joly de Fleury, sa sœur. Cette troisième cloche est d’un poids de 625 livres.”

Ces deuxième et troisième cloches ont vraisemblablement été descendues à la Révolution. C’est ainsi que seule la cloche dénommée Marie fut conservée.
Conformément aux lois des 23 juillet et 3 août 1793, au moment des graves difficultés militaires, la règle était de réquisitionner toutes les cloches des communes à l’exception d’une, (pour prévenir et convoquer la communauté) de les transporter en charrettes jusqu’au chef-lieu du district (Corbeil) où elles étaient fondues et transformées en canons.

Le 13 février 1905, l’instituteur Jean-Baptiste Leprêtre, également secrétaire de mairie de l’époque, décrit l’état de la cloche qui avait perdu son battant et en dresse un croquis. “Cette cloche, dit-il, pèse 520 kg.”

Le cimetière

Le cimetière qui entoure l’église fut béni en 1534 par l’évêque de Sébaste. Auparavant, sans doute, inhumait-on dans un terrain situé près de Viry, lieu dit l’ancien cimetière. Il y 80 ans en labourant, on y retrouvait encore des ossements humains. Plus près de nous lorsque ce terrain fut bâti, des ossements furent encore mis au jour lors de l’exécution des fondations des maisons.
Les habitants fortunés du village se faisaient inhumer dans l’église dont le sol en terre battue se laissait facilement creuser.

Les registres paroissiaux portent quelques indications de sépultures, dans la nef, vis à vis de la chaire, à côté des fonts, dans le chœur, à droite du pupitre, etc.
Deux seigneurs de Grigny ont été inhumés dans l’église (Louis Mercier et Claude Hatte de Chevilly).

Les moins riches ou les moins importants se contentaient du cimetière. On les inhumait : au pied de la croix, au bas du noyer fourchu, près de la tour du clocher, sous le pommier, près de l’égout (gouttière de l’église), sous le deuxième pommier, près du saule, etc. Le cimetière comprenait donc plusieurs arbres fruitiers et même une vigne accrochée au mur extérieur.

La paroisse au xveme siècle

Au déclin du Moyen-Age les archidiacres avaient si bien profité des circonstances favorables qu’ils jouissaient d’un pouvoir considérable et d’une puissance à peu près illimitée.

Le clergé leur était soumis dans la plupart des actes du ministère paroissial; ils présentaient les clercs aux ordres sacrés, envoyaient en possession et installaient les titulaires nommés à tous les bénéfices de leur circonscription. Ils étaient collecteurs des offrandes et de nombreux revenus. Les paroisses leur payaient un tribut nommé le droit de visite ou de “procuration”, ils recevaient le serment et légalisaient, au moyen de lettres payées (l’ancêtre du papier timbré), l’entrée en fonction de marguilliers élus. Ils décrétaient la taille de l’impôt sur les édifices paroissiaux. Les fidèles se trouvaient placés dans leurs dépendances pour une multitude de circonstances de la vie commune : fiancés, époux, malades, délinquants, défunts morts intestat ou sans sacrements, acquittaient en leur faveur soit des amendes, soit des redevances sans cesse grandissantes. De plus, ils avaient attiré à eux un nombre considérable de causes relevant de la justice épiscopale. C’est pourquoi ils avaient un tribunal avec tout l’attirail de juges, de promoteurs, d’assesseurs, d’avocats, de sergents, c’est à dire une officialité indépendante et rivale de l’évêque.

Une législation compliquée, méticuleuse, enserre les prêtres et les fidèles dans un filet dont l’archidiacre peut, à chaque instant, secouer les mailles. Le pouvoir judiciaire ne va pas sans son complément, la puissance coercitive. Aussi Monsieur l’archidiacre a t-il sa geôle où prévenus et délinquants sont placés sous bonne garde et retenus des jours et des mois pour les délits qui ne nous sembleraient que simples peccadilles.

Joignez à cela un revenu considérable, un palais à Paris, plusieurs maisons de campagne, de nombreux serviteurs et on jugera du grand état d’un archidiacre et de l’importance d’un semblable personnage dont le concile de Trente (1545-1563) dans sa vingt-quatrième session et dont son décret de réformation a brisé la puissance et réduit considérablement les prétentions et les droits.
Heureusement la plupart des archidiacres usaient de leur pouvoir avec modération et très grande bienveillance. Tel était Jean de Courcelles, archidiacre de Josas.

Jean de Courcelles était d’origine picarde, né d’une famille qui avait fourni plusieurs de ses membres au clergé paroissien, pendant la durée du xveme siècle. Il avait un frère aîné, nommé Thomas de Courcelles dont le nom est tristement célèbre.

Engagé fort avant dans le parti anglais, il fut envoyé à Rouen au procès de Jeanne d’Arc dans lequel il joua le rôle le plus odieux que l’on puisse imaginer. Ce fut lui en effet, qui traduisit pour l’infortunée Lorraine la cédule latine, par lui tronquée et falsifiée, dont les juges se servirent pour condamner Jeanne et la mener au bûcher, prétextant qu’elle avait reconnu ses crimes et signé un acte d’abjuration.

Ceci n’empêcha pas, après la libération du territoire, Thomas de Courcelles d’arriver aux honneurs ecclésiastiques : il eut un canonicat à Paris, devint même doyen du chapitre de Notre-Dame, fut pourvu d’une multitude de bénéfices ecclésiastiques et refusa, dit-on, le cardinalat. Bien plus, il fut appelé comme témoin à la révision du procès de Rouen. Il serait intéressant de savoir quelle fut son attitude dans cette circonstance, pour lui, au moins forte embarrassante.

A la différence de son aîné, Jean de Courcelles, eut une carrière moins tourmentée et toute uniforme. L’archidiaconé de Josas était un des trois archidiaconés qui avec les deux archiprêtres regroupant les paroisses de Paris et de sa proche “banlieue”, constituaient le diocèse de Paris sous l’Ancien Régime.

Il avait une superficie de 1 135 km2 environ et ses limites conserveront une très grande stabilité à travers l’histoire de 925 à la Révolution. Il comprenait donc grosso-modo la partie du diocèse de Paris située sur la rive gauche de la Seine sauf celle de Paris et les paroisses de proche “banlieue” qui appartenaient à l’archiprêtre de Saint-Séverin, l’un des deux archiprêtres entre lesquels nous avons vu un peu plus haut, étaient réparties les autres paroisses.

L’archidiaconé de Josas était divisé en deux doyennés : la doyenné de Chateaufort à l’ouest et la doyenne de Montlhéry à l’est dont dépendait Grigny.
Grâce à l’ouvrage de l’abbé Alliot, nous savons qu’entre 1458 et 1470, l’archidiacre visita treize fois Grigny.

Le registre des visites archidiaconales de Josas était tenu par Jean Mouchard, curé de Bagneux, diocèse de Paris, vicaire et greffier de “vénérable et scientifique personne maître Jean de Courcelles, archidiacre de Josas.”

Le curé de Grigny nommé par l’évêque de Paris ne résidait pas dans le village. Il était souvent absent lors de ces visites. Quelquefois le curé ou le chapelain de Ris le remplaçaient.

> En juin 1458 l’archidiacre visite Grigny et examine l’église avec grand soin, trouve que les fonts baptismaux sont malpropres et que le couvercle est en mauvais état. Comme le curé Adam Flamigy est absent, c’est le chapelain maître Robert Martin qui doit s’occuper de la remise en état.
Nous apprenons que la paroisse compte deux marguilliers, Henry Quivente et Jacques Chevalier. La sage-femme en exercice est Guillemette, la femme de Simon Petit.

> En 1459, le curé, toujours absent, se nomme Jean Pluyette, le chapelain présente les marguilliers et deux paroissiens, Jean Fouquet et Jean Delahaye.
Le trésor de l’église, bien pauvre, comprend deux calices et deux burettes en argent, dont une dorée, le tout pesant 16 onces. Le marguillier Quivente est mis à l’amende pour n’avoir pas mis à jour ses comptes.

> Deuxième visite la même année, la réparation des fonts baptismaux n’a pas été faite, le trésor n’est pas suffisamment à l’abri, les fermoirs des livres sacrés sont à réparer, l’inventaire n’est pas fait. Tout le monde, chapelain et marguillier, est mis à l’amende.

> En 1461. Rien à signaler, sinon que les livres ne sont pas mis à l’abri.

> En 1462. Le chapelain est là. La visite a lieu en présence des marguilliers et de plusieurs paroissiens, Hugues le Picart, Jean Fouquet, Guillaume le Mignon, Jean de la Haye. Cette affluence est due à la citation de Philippe Brunel, seigneur des lieux qui n’a pas communié depuis quatre ans et qui vit en concubinage. On lui reproche aussi d’avoir confisqué à son profit les revenus du curé qui ne peut de se fait en rendre compte à l’archidiacre. Quelle joie pour les paroissiens, sans doute, d’entendre blâmer le seigneur qu’ils exécraient.
Dans le village, il n’y a plus de sage femme.

> En 1463. De nouveau, grande affluence : les marguilliers, Philippe Brunel, Jean Fouquet, Boulard et son fils Jean Durand, Jean Sédile. C’est qu’on a à juger sur la plainte de la femme de Jean Bourré, contre la femme du maréchal de Juvisy, qu’elle accuse de l’obliger à vivre avec son mari et contre les tisserands Renaud Simon Audry et Colin qui veulent l’entraîner en compagnie de Simon Putheaux.
Une sage-femme est nommée sur le rapport de Jeanne Cochard femme Croulebarbe, Perrette, femme de Jean Tonneau et Colette la Chevalière. C’est Jeanne la femme de Jean Fouquet qui prête serment.
Election de deux nouveaux marguilliers : Jean Boulard et Guillaume Lemaire.

> En 1464. Tout est en ordre.

> En 1465. La guerre du Bien Public vient de se terminer. Les villageois avaient déposé dans l’église ce qu’ils possédaient de plus précieux. Ordre est donné de débarrasser, au moins le chœur et les fonts baptismaux, de tout ce qui encombre. Le jour de la Saint-André, apôtre, après avoir entendu la messe et là même, après la messe, en la présence de messieurs Robert Martin, curé de ce lieu, Jean Boulard le jeune, Guillaume Lemere, Jean Fouquet, Jean Delahaye, Guillaume du Moustier et de plein autres, visite a été faite.
La sage-femme est la femme Fouquet. Le nombre de paroissiens est de 26.
Il faut savoir que le nombre des paroissiens n’est pas celui des habitants comme nous l’entendons de nos jours. Le visiteur tient seulement compte de ceux qui sont en âge de communier. Or pour mettre le chiffre en harmonie avec le chiffre réel de la population, il faut le multiplier par cinq. Nos textes comptant par feux ou par chef de famille, il faut entendre le terme paroissien comme ne désignant ni les femmes, ni les enfants.

> En 1466. Maître Bardin Lair, maître en théologie remplace le chapelain absent : la couverture des fonts baptismaux n’est toujours pas réparée.

> En 1467. L’inventaire est fait. Il y a sept hosties sacrées, l’huile et le Saint chrême sont renouvelés depuis peu, l’eau bénite est claire et honorable.
Il n’y a plus de sage-femme, mais celle de Viry se dérange en cas de besoin.

> En 1468. Nouveaux paroissiens signalés : Simon Auger et Hugues de Bourges. Rien à signaler

> En 1469. Les marguilliers devront rendre leurs comptes.

> En 1470. Henry Quivente et Simon Bérault ont été cités parce que leurs femmes se calomniaient l’une l’autre : ils devront faire cesser ce scandale.
Il y a encore du lard déposé dans l’église, il devra être enlevé rapidement.
Il faut ici replacer le propos dans son contexte historique, sans vouloir retracer la période fort troublée du XVeme siècle. Nous nous bornerons à rappeler la situation dans les années 1445 et suivantes telles qu’elles étaient.

> En 1445, bien des paroisses sont soit en ruines, soit endommagées à la suite de nombreuses incursions des bandes de pillards, constituées de petits nobles et paysans appelés “écorcheurs”. Un de leur chef n’est autre que Guillaume qui se dit seigneur de Saint-Yon et qui appartient à la corporation des bouchers de Paris. Les environs de Paris n’étaient plus qu’un immense désert parcouru par des bandes de brigands français et anglais qui dévastaient les campagnes déjà bien saignées pendant la dernière période de la guerre. Les hostilités reprennent entre le roi Louis XI et Charles le Téméraire pour aboutir le 27 juillet 1465 à la bataille de Montlhéry où les participants pillèrent Etampes et les communes situées sur leur parcours. Le soir de cette confrontation Louis XI se retira dans la ville fortifiée de Corbeil et Charles le Téméraire à Etampes pendant que leur troupes “se rafraîchissaient grandement sur le pays au détriment des habitants”.
Dans ses “visites” l’archidiacre rend compte, au cours de ses inspections, du démantèlement des églises par faits de guerre. Au cours de sa visite de l’année 1458, il constate que 14 églises nécessitent des réparations urgentes et indispensables ou bien sont presque entièrement détruites (Chamarande et Le Chesnay).

> Au cours de sa visite de l’année 1459, il signale deux autres églises détruites dont celle de Leudeville, puis il constate en 1462 que l’église d’Evry est toujours en triste état.
Une campagne de reconstruction s’engage à un moment d’accalmie relative après l’achèvement de la reconquête de la région sud de Paris par Charles VII (1435-1436) et la bataille de Montlhéry (1465). Par bonheur, Grigny quelque peu à l’écart du trajet Montlhéry-Corbeil, emprunté par l’armée de Louis XI, évita dans une grande peur, les exactions des soldats.

Il convient de remarquer qu’au cours de ses treize années d’inspection, l’archidiacre ne met jamais les pieds à Courcouronnes, ou à Fleury-Mérogis qui étaient pourtant des paroisses. On a tendance à penser que ces églises étaient abandonnées.
Il faut relever qu’aux ravages exercés par les Anglais et ceux provoqués par la bataille de Montlhéry il y a lieu d’ajouter ceux provoqués par la peste qui a envahi le pays. Elle est une cause supplémentaire de dépopulation et sévit avec tant d’intensité qu’elle ne permet pas de visiter Marcoussis où on avait entassés les malades dans l’aile droite de l’église. Un peu plus tard, nous trouvons le fléau s’étendant jusqu’à Palaiseau où il enlève la moitié de la population.

Nous avons vu que le curé de Grigny était assisté d’un chapelain. Cette chapelle avait été fondée en 1311 par Jean d’Arcis, chevalier seigneur d’Orangy “au nom de la benoîte mère de Dieu et en son honneur pour le repos de son âme et de ses amis devant l’autel Notre-Dame en l’église de Grigny”.
On devait y chanter cinq messes l’an, aux cinq fêtes de la Vierge. Le fondateur la dote de douze journées de terre sur ses biens à Grigny, s’engage à payer les frais d’amortissement et permet à la personne qui aura la chapelle de ne pas se faire ordonner et de faire chanter les messes par un autre.

L’ouvrage de l’abbé Alliot nous permet de connaître les curés de Grigny de 1458 à 1470. Nous avons trouvé : en 1458, Adam Flamigy et son chapelain Robert Martin; en 1459 : maître Jean Plujette est curé à son tour jusqu’en 1480, maître Robert Martin restant chapelain. A cette date, maître Thomas Taupin le remplace. Depuis au moins 1478, le curé se nomme le duc.