SERPENT
Serpent,
Doucement, immobile,
Sorti de quelque bouche d'ombre,
Fier et froid,
Tu apparais sous le sable englouti.
Tes arrondis m'animent.
Tes courbes s'offrent à moi
… et
Me transforment.
Enfant redevenu,
Ton univers serpentin
M'attire.
Je me remue.
Je me rue sur tes formes de béton.
Je t'escalade,
Je m'élève,
Je bondis,
Je m'ébats,
Je tombe, je me redresse.
Je glisse et me courbe au gré
de tes courbures.
Puis je me calme
Et je me cache dans tes méandres.
Inquiet d'avoir troué mon pantalon
Mais heureux comme un prince.
Elisabeth de ROLAND
LA POIRE
A l'impasse des fruits tombés
Nez-à-nez, je me suis retrouvé
Avec une poire de taille démesurée.
Et bêtement j'ai relevé la tête
Pour chercher l'arbre fruitier
Qui l'aurait ici laissé tomber.
Ce que je peux être pomme
Heureusement, personne ne m'a vu.
Je me suis fendu la poire ...
EPHEMERE F.M. R
LA POIRE
QUESTIONNEMENT
Assise devant la poire,
Les questions ne franchissent pas mes lèvres.
Elles volent dans ma tête.
Pourquoi une poire au milieu d'un gazon ?
Etait-elle mûre ?
Si gorgée de soleil que sa queue l'ait trahie ?
CONSTATATION
Mes doigts glissent sur sa peau facettée.
Le fruit n'est pas blet.
Il est durablement dur.
IMAGINATION
Où se cache l'arbre portant de tels fruits ?
Puis-je faire, de mes bras, le tour de son tronc ?
Son feuillage vert est si haut,
Personne ne l'a jamais vu,
Mais chacun sait qu'il est là,
Aussi sûrement qu'un homme de profil a deux yeux.
IDEOLOGIE
L'énormité «poirale» suffit au rêve.
A elle seule, elle donne l'idée du reste
Et la pensée construit un
QUESTIONNEMENT.
José FRANSOIS
A TON BON SOUVENIR
Rimbaud, entends-tu ce bruit dans ta nuit ?
Ce sont les pas des belles qui tracent le bitume.
Pas de talons aiguilles cliquetant,
Juste des sons décidés résonnant sur les murs.
Ton murmure, je l'entends.
Aujourd'hui encore, des mots tu lancerais.
Tu aurais aimé des infantes rebelles,
Même si, dans leurs rêves les plus fous,
Certaines te nomment Alain Delon.
Tes yeux de poète rêveur
Ne laissent personne indifférent.
Surtout pas moi.
A chaque rencontre,
Une seule petite phrase
Insidieusement trottine dans ma tête
«Je m'en allais, les poings dans mes poches trouées...».
Tu vois, Rimbaud,
Je ne t'oublie pas.
J'ai même envie de relire tes poèmes.
José FRANSOIS
Pour RIMBAUD et TOI qui le regardes
Son regard égaré
Sur la palissade du mur délavé
Par des larmes de pluie.
Dans ses yeux d'évadé,
Je me suis échappé.
Par ses mots élevés,
Je me suis libéré.
Au ciel bleu azuré,
Je lis : Poésie.
EPHEMERE F. M. R
DU REVE
Comment s'échapper des leçons à apprendre ?
Comment s'évader du monde de la réalité ?
Quand tout devient trop lourd, comment oublier
Pour chevaucher les contrées de l'imaginaire
Où l'enfant est roi, dans sa cité, sans le savoir ?
Il sait, lui.
Il est l'enfant surpris dans un rêve,
Celui qui vole un temps
Et prend un petit repos.
Ses pensées sont indépendantes,
S'étonnant d'inventer des monstres bleus.
Un pilote de dix ans aux commandes d'un avion,
Tiens, pourquoi pas celui qui passe au-dessus de nos têtes ?
Il sait, lui.
Il faut du rêve pour être heureux.
Petits ou grands, entendez-le.
Il faut du rêve pour être heureux
José FRANSOIS
L'OKAPI
Sous la langue assoiffée
De l'okapi apeuré,
L'eau des mares a bougé.
En flagrant délit de curiosité,
Il a relevé son museau coloré,
Interloqué par des
Rires d'enfants enjoués
Jouant à saute-mouton sous son nez.
Une ondée de carrelages zébrés
Modèle sa robe «mosaïquée»
Son regard étonné
Semble s'interroger ?
Sur le temps s'égrainant en journées,
Sur des rythmes passagers,
Lui qui, a jamais, sera figé,
Rêve de mouvements et de liberté,
Il philosophe en silence sur l'égalité
Dans une fraternelle Grande Borne azurée.
José FRANSOIS
PLACE DE L'ARBRE
Ebauche un geste, un pas.
Plus précis, prends-le
A bras le tronc,
A bras le corps.
Repose ta joue tout contre
Sa vieille peau de croco.
Confie tes rêves et tes espérances,
Donne vie à un ami si tu n'en as p...
Les arbres de tout temps
Sont les amis des enfants.
Belle est la cité
Qui, dans chaque endroit,
Possède un arbre où prendre appui
Si la vie s'alourdit.
«Demain, j'irai place de l'Erable contre tes flancs
Délivrer mon coeur des mots
Qui l'empoisonnent ».
José FRANSOIS
VILLE DE GRIGNY
Grigny d'aujourd'hui ...
Aujourd'hui, on parle de moi à la télévision
Pas pour dire des gentillesses,
Mais pour montrer du doigt ma jeunesse.
Aujourd'hui, on parle de moi dans les journaux,
Pas pour écrire une belle histoire,
Mais pour effacer l'espoir.
Aujourd'hui, on parle de moi dans les tribunaux,
Pas pour défendre mon honneur,
Mais pour m'arracher le cœur.
De tous ces habitants, je suis le père et la mère.
Je suis leur maison et leur terre d'exil.
Je suis leur histoire et j'en suis fier,
Fier d'être cette ville,
M. BACHIR